Pascal Meyer: au pied de la rampe 


Le récent récital du jeune pianiste Pascal Meyer fut
pour certains une découverte, pour d'autres une 
redécouverte. Quoi qu'il en soit, un nouveau talent 
luxembourgeois du piano est en train de se révéler.
Ce qui est intéressant, en plus de faire connaissance
avec un artiste en herbe, c'est d'essayer de voir 
vers quel répertoire il se dirige. Si l'on analyse ce
dernier récital et le compare avec celui de 
Bourglinster de 1999 (programme classique) et 
celui du Casino (programme contemporain) il y a peu 
de temps, on aurait tendance à penser que 
Pascal Meyer a une véritable veine pour la musique
contemporaine. Ce serait quelque peu hâtif comme 
conclusion: pour preuve, un programme romantique et
postromantique plutôt convaincant et riche en 
rhétorique.
Recital
23/03/02

"Festival du
Château de Bourglinster"
Luxemburg

La page de Chopin qui ouvrait la soirée restait un peu dans le brouillard. L'expression du compositeur se veut d'une tristesse élégiaque, il sera donc difficile de juger directement le pianiste; Manque de chaleur ou choix délibéré de laisser un mystère à la Satie.

Le vaste triptyque de Franck, le “Prélude, Chorale et Fugue”, est, quant à lui, aussi difficile au niveau technique qu'au niveau de l'interprétation. L'oeuvre reste dans un style d'écriture très français, mais relève autant de caractère virtuose comparable à celui d'un Beethoven ou d'un Liszt. Quoi de mieux pour un jeune interprète qu'une oeuvre aussi riche et profonde comme chant d'investigation! L'importance des épisodes méditatifs trouvait l'éclairage juste, avec des teintes désaturées et sombres qui révélaient une inspiration assez profonde et une virtuosité aisée.

L'oeuvre qui suscitait la plus forte émotion fut sans aucun doute la “Sonate 1er octobre 1905” de Leos Janacek. Pour la petite histoire, la sonate fut sauvée de justesse de la destruction. Pour une fois ce n'est pas la guerre, mais le compositeur lui-même,mécontent de l'oeuvre, qui détruisit le troisième mouvement et finalement, après audition, les deux premiers. Heureusement ceux-ci ont été copiés par l'interprète. La sonate a la force d'un requiem, avec des mouvements dont les titres sont évocateurs: “Pressentiment” et “La mort”. Les contrastes, entre receuillement et fortissimo, ont été déployés avec une amplitude et une efficacité bouleversante. Pascal Meyer a vraiment compris le sens de l'oeuvre qu'il ne manqua pas de transmettre directement. Cette seule réussite fut déjà de bonne augure. Le jeune homme peut aller loin.

Les “Fantasien” opus 116 de Johannes Brahms qui clôturaient le programme avaient toutes les qualités pour laisser une part au rêve, à la douceur, au raffinement. Poésie, mais aussi tempérament et déferlements passionnés. Que va-t-il donc nousréserver pour l'avenir? Sûrement encore des concerts comme celui-ci qui fut autant un baume au coeur qu'une joyeuse découverte d'oeuvres particulières.

Le bis de ce soir happait notre attention avec deux extraits de “Makrokosmos” du compositeur contemporain George Crumb. Le premier foisonnait de poésie et de mystères en suspends. Le deuxième nous projetait carément dans une sorte de monde surréaliste, avec ses cordes pincées et brossées à l'intérieur du piano. Comme dans une symphonie pour harpe, certains accords,certains rythmes se matérialisaient à notre grand étonnement. Trois notes “au piano” seulement pour structurer ce voyage intergalactique...Rendez-vous au prochain départ!

grg (Le Quotidien)

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